Thérapie longue VS thérapie brève

Publié par Laurène Erenst
Le 24/11/2025

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Et si la question était ailleurs?

« Je n’ai pas envie d’y passer 10 ans. »
« Si on ne creuse pas, comment peut-on aller mieux ? »
« Je veux résoudre mon problème rapidement ! »
« Pourquoi parler de mon enfance, ça ne sert à rien ! »


Ce sont des phrases que l’on entend régulièrement lorsqu’il est question de thérapie. Entre partisans des approches longues, souvent issues de l’approche psychanalytique, et adeptes des thérapies brèves orientées solution, le débat semble parfois tranché.
Pourtant, au-delà de ces divergences, une question semble essentielle : et si la réponse ne se trouvait pas dans la durée de la thérapie, mais dans son adaptation au patient ?
C’est ce que je vous propose d’explorer ici.

Ce que dit la recherche sur la durée des thérapies

Sur ce point, la littérature scientifique ne tranche pas clairement. Certaines études mettent en avant une efficacité supérieure des thérapies longues (par exemple Leichsenring & Rabung, 2008), tandis que d’autres soulignent l’efficacité des TCC ou d’approches orientées solution (Bhar et al., 2010 ; revue systématique 2023).
Le problème, c’est que ces recherches s’intéressent à des profils de patients différents :

  • les thérapies longues sont souvent étudiées auprès de personnes souffrant de troubles complexes et/ou de pathologies anciennes voire chroniques
  • les thérapies brèves sont évaluées sur des problématiques plus ciblées tels que des crises passagères ou des évènements de vie.



En d’autres termes, on compare souvent ce qui n’est pas comparable. À cela s’ajoutent des difficultés méthodologiques : échantillons limités, hétérogénéité des participants, impossibilité d’isoler clairement la variable « durée », biais potentiels… Bref, la science ne nous donne pas une réponse claire et définitive à ce sujet.

Ce que la durée de la thérapie ne dit pas

On pourrait croire que « plus on passe de temps en thérapie, plus ça fonctionne ». Mais le temps seul n’est pas un mécanisme de changement. Il peut soutenir la démarche, mais il ne garantit en aucun cas l’efficacité du processus thérapeutique.
Trois éléments sont pourtant déterminants, quelle que soit l’approche :

  • Une alliance thérapeutique de qualité
    La relation entre patient et thérapeute est un des meilleurs prédicteurs de réussite. Sans confiance, sans sécurité relationnelle, aucune méthode, quelle qu’elle soit, ne peut s’avérer efficace
  • L’engagement du patient et ses capacités
    Dans la thérapie, le thérapeute et la personne qu’il accompagne travaillent ensembles. Pour avancer, il faut que la personne ait l’espace psychique, émotionnel et parfois matériel pour s’investir. Quelqu’un d’épuisé, traversant des crises successives, ne pourra pas forcément explorer son passé. Sa priorité sera de retrouver de la stabilité, pas d’entamer un long travail d’introspection.
  • Le rythme adapté chacun
    Certaines personnes atteignent leurs objectifs en quelques séances ; d’autres ont besoin de davantage de temps, ou de plusieurs « tranches » de thérapie réparties dans le temps. Chaque individu est différent et il est important d’en prendre conscience pour accompagner au mieux le processus de changement.

​ Changeons de perspective: et si l’essentiel était la personnalisation ?

En remettant le patient au centre grâce à l’écoute et à l’observation, on remarque plusieurs points essentiels.

​ La complexité des troubles
Les personnes souffrant de traumatismes complexes, de troubles chroniques ou de schémas profondément ancrés sont souvent accompagnés sur le long terme. Cela laisse le temps de construire une relation thérapeutique solide, de comprendre l’histoire de vie et d’intégrer les changements en profondeur.

​ La nature des objectifs

  • Thérapies brèves : efficaces pour apaiser, stabiliser, traverser un événement ponctuel, débloquer une situation ou agir sur une problématique précise.
  • Thérapies longues : pertinentes pour transformer des schémas de pensée, des modes relationnels, des comportements répétitifs ou traiter des traumatismes anciens.
    Il s’agit de deux outils différents pour répondre à des besoins différents.


La flexibilité dans la durée

Une thérapie peut évoluer. Certaines personnes viennent « pour quelques séances » et choisissent de poursuivre pour explorer plus profondément leur histoire. D’autres fonctionnent par « tranches » : un bloc de travail, une pause, puis une reprise lorsque la vie ou l’envie se manifeste à nouveau.

En conclusion

Se focaliser uniquement sur la durée me semble réducteur. Ce qui importe, c’est de replacer le patient au centre, d’écouter sa demande, son rythme, son histoire. Dans une approche intégrative*, il est possible de combiner des outils plutôt issus des approches dites « brèves » (hypnose, EMDR, thérapie MOSAIC®, etc.) avec destemps plus introspectifs visant à explorer des problématiques plus anciennes et /ou complexes.
L’enjeu n’est pas de choisir entre long et bref, mais de construire une thérapie sur-mesure qui accompagne la personne là où elle est, et vers où elle souhaite aller.

Et vous, comment envisagez-vous cette question du temps en thérapie ?

* thérapie intégrative :démarche multiréférentielle : elle intègre plusieurs thérapies. Le patient ne s'adapte plus à une seule thérapie que le thérapeute aurait choisie, mais c'est le thérapeute qui adapte ses thérapies en utilisant divers outils afin de s'adapter aux problématiques du patient.

Bibliographie

​ Analyses critiques des thérapies longues vs brèves
• Bhar, S. S., Thombs, B. D., Pignotti, M., Bassel, M., Jewett, L., Coyne, J. C., & Beck, A. T. (2010). Is Longer-Term Psychodynamic Psychotherapy More Effective than Shorter-Term Therapies? A Review and Critique. Psychotherapy and Psychosomatics, 79(4), 208–216.
​ Comparaisons entre thérapies courtes et longues
• Thoma, N., et al. (2023). The Difference between Shorter- versus Longer-Term Psychotherapy for Adult Mental Health Disorders: A Systematic Review and Meta-analysis. BMC Psychiatry, 23, Article 438.
​ Articles méthodologiques
• Hansen, N. B., Lambert, M. J., & Forman, E. M. (2002). The Psychotherapy Dose-Response Effect and Its Implications for Treatment Delivery. Clinical Psychology: Science and Practice, 9(3), 329–343.
(Souvent cité pour montrer que la “dose” de thérapie varie selon les patients et les problématiques.)

Thérapie longue VS thérapie brève
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