Qu’est ce que ça veut dire concrètement ?
Se sentir différent est une expérience fréquente. Beaucoup de personnes que je reçois en cabinet pour diverses raisons me disent à un moment qu’elles ont l’impression de ne pas rentrer dans les cases : trop ceci, pas assez cela... les exemples sont nombreux et l'inconfort bien réel.
Ces personnes se jugent et pensent être les seules à ressentir cette « différence ». Parfois, cela les poussent même à se questionner sur leur supposée« normalité ».
Mais au fond, qu’est-ce que cela signifie, être différent ? Et surtout, différent par rapport à quoi ? A qui ?
C’est ce que je vous propose d’explorer aujourd’hui.
La normalité en psychologie : qu’est ce que c’est ?
En psychologie, la notion de normalité n’est pas aussi simple qu’on pourrait le croire car elle se définit toujours par rapport à un référentiel, lui même changeant.
Contrairement à une idée reçue, il n’existe pas une frontière nette entre le normal et l’anormal puisque ces deux notions relèvent d’une grande subjectivité.
Voici différentes façons de définir la normalité :
- Statistique : ici, la normalité désigne ce qui est le plus fréquent, le plus proche d’une moyenne établie. Ce qui s’en éloigne devient alors par définition atypique.
- Socio-culturelle : la normalité se définit dans un contexte : l’époque, le pays, le milieu social, la culture… Ce qui est normal au sein d’une culture peut être anormal ailleurs.
- Fonctionnelle : en psychologie clinique, la normalité peut être vue comme une capacité à s’adapter à son environnement et à fonctionner de manière autonome. Cette normalité peut-être perturbée en cas de crise ou d’évènement de vie (par exemple lors d’un deuil où une personne peut adopter des comportements considérés comme anormaux par rapport à son fonctionnement habituel).
Ainsi, être différent n’est pas synonyme d’être « anormal » et n’implique pas qu’il y ait une pathologie.
Se sentir différent : une expérience subjective
Se sentir différent relève avant tout d’une perception interne. Chacun a une façon bien à lui de vivre sa singularité. Ce qui sera anecdotique pour l’un sera inconfortable pour un autre.
Ce sentiment peut émerger :
- dès l’enfance (sensation d’être en décalage avec les autres)
- à l’adolescence (période où la notion d’appartenance est très forte)
- à l’âge adulte, parfois à la suite d’un diagnostic, d’un événement de vie ou d’un changement important
La psychologie sociale montre que l’être humain se construit en grande partie en se comparant aux autres. Lorsque ces comparaisons sont défavorables ou répétées, elles peuvent renforcer l’impression de décalage et impacter l’estime de soi.
Les atypies : s’informer sans enfermer
Le terme « atypique » vient du grec et signifie littéralement « en dehors du type ». Appliqué à la personnalité, il désigne un fonctionnement psychologique, émotionnel ou cognitif différent.
Les atypies dont on parle le plus depuis quelques années regroupent :
- les troubles neurodéveloppementaux (troubles du spectre autistique, TDAH, troubles DYS)
- le haut potentiel intellectuel
- la haute sensibilité sensorielle et/ou émotionnelle.[/item]
Les recherches en neurosciences et en psychologie du développement montrent que le cerveau humain présente des modes de fonctionnement multiples en fonction des individus.
Cependant, il est essentiel de rappeler que :
- une atypie n’est pas toujours associée un trouble
- un diagnostic peut aider à comprendre et et donner des pistes d’adaptations à mettre en place, mais il ne suffit pas à définir une personne
Quand la différence devient synonyme de souffrance
Se sentir différent peut devenir douloureux lorsque la personne tente sans cesse de se conformer à un environnement rigide et peu inclusif. Cela peut mener au découragement et à terme, à l’épuisement psychique.
Le concept de camouflage social (notamment étudié dans l’autisme) décrit les stratégies conscientes ou inconscientes utilisées pour « paraître normal ». Ces stratégies peuvent fonctionner à court terme, mais sont associées à un risque accru d’anxiété, de dépression et de burnout.
Ainsi, ce n’est pas tant la différence qui fait souffrir, mais le manque d’adaptation réciproque entre l’individu et son environnement.
Et si la différence était une ressource ?
De nombreuses études en psychologie positive et en sciences cognitives soulignent que la diversité des profils humains est une richesse collective. Créativité, pensée divergente, sensibilité accrue, hyperfocalisation ou capacité d’analyse profonde sont souvent liées à des fonctionnements dits atypiques.
Se sentir différent pousse souvent à se questionner et à entreprendre des démarches pour mieux se connaître et se comprendre. Cela a souvent des conséquences positives sur la vie de la personne qui est de ce fait plus à même de choisir des environnements et des relations qui lui conviennent et répondent à ses besoins.
La différence devient ici une opportunité d’évolution et de connaissance de soi.
Vers une normalité plus large
Peut-être que la question n’est pas « pourquoi suis-je différent ? », mais plutôt « comment suis-je différent ? ».
La psychologie contemporaine tend de plus en plus vers une vision globale de l’humain fonctionnant de manière circulaire plutôt qu’une vision qui catégorise de manière figée.
Se sentir différent est souvent le signe d’un écart entre la perception de soi et celle que l’on a des autres comme une entité représentant la norme dominante.
Le travail en thérapie peut être une manière intéressante d’explorer sa singularité pour cheminer vers une plus grande acceptation de qui l’on est en définissant sa propre norme.
En résumé
- Chaque individu est unique
- Il n’existe pas une seule normalité
- Les atypies ne sont pas synonymes de pathologie
- La souffrance est souvent causée par une inadéquation entre l’individu et son environnement
Et vous, vous êtes-vous déjà senti différent ?
Bibliographie
Festinger, L. (1954). A Theory of Social Comparison Processes.
Canguilhem, G. (1966). Le normal et le pathologique
Singer, J. (1999). Why can’t you be normal for once in your life?