Explorer les liens entre rupture et attachement
Certaines ruptures sont particulièrement douloureuses et semblent parfois insurmontables. On se demande pourquoi il est si difficile d’accepter la séparation et de passer à autre chose.
Cela peut s’expliquer en partie par notre style d’attachement, c’est à dire la manière que l’on a d’entrer en relation avec autrui et de maintenir cette relation.
A travers cet article, je vous propose de (re)découvrir brièvement les différents styles d’attachement puis de voir en quoi ils impactent la façon que l’on a de vivre une séparation.
C’est parti !
L’attachement est à la base de toutes nos relations
J.Bowlby a développé l’hypothèse que l’attachement est un lien vital pour le développement de l’enfant qui adopte des « comportements d’attachement ».
L’être humain naît vulnérable et le reste pendant plusieurs années. Ces comportements visent à assurer sa survie en garantissant la proximité physique avec sa figure d’attachement principale, c’est à dire celle qui s’occupe le plus de lui, aussi appelée « caregiver ».
La qualité des liens d’attachement est intiment liée à la qualité de présence du caregiver.
En effet, plus celui-ci sera disponible émotionnellement et présent physiquement, plus l’enfant sera à même de développer une base de sécurité et un désir d’explorer l’inconnu.
L’attachement se construit donc dès la naissance bien avant de savoir marcher et parler.
L’attachement évolue ensuite à l’âge adulte où le partenaire amoureux remplit souvent ce rôle de base de sécurité. Il est celui qui rassure, réconforte et construit avec nous des repères communs.
En cas de rupture, on ne perd pas seulement la relation mais aussi la base de sécurité que représente le partenaire. Cela peut créer une sensation de manque, de perte de repères et de grande insécurité, ce qui explique l’intensité de la douleur jusqu’à la ressentir physiquement parfois.
Comment les différents styles d’attachement vivent-ils la rupture ?
Même si nous développons tous des liens d’attachement, nous ne vivons pas la rupture de la même manière car le style d’attachement que l’on développe est lié à notre histoire personnelle et influencé par nos expériences de vie.
Une personne avec un attachement sécure a généralement développé une bonne estime d’elle même. Elle sait qu’elle mérite d’être aimée et peut facilement se fier aux autres. Cela ne l’empêche pas de vivre douloureusement la séparation mais une fois qu’elle a fait le deuil de la relation, elle arrive à se tourner vers l’avenir avec confiance et espoir.
Une personne avec un attachement anxieux a tendance à avoir peur de la solitude et de l’abandon. Elle peut vivre la rupture comme une perte immense et se sentir abandonnée avec souvent une tendance à faire tout ce qu’elle peut pour renouer la relation au risque d’oublier ses propres besoins et désirs.
A l’inverse, une personne avec un attachement évitant présente parfois un tel détachement que l’on peut la croire presque indifférente à la rupture. Il s’agit souvent d’un mécanisme de protection consistant à éviter de ressentir la douleur en la tenant à distance.
Quel que soit le style d’attachement, il est utile d’en prendre conscience pour mieux comprendre ses mécanismes et ses réactions. De plus, rien n’est figé puisque comme le disait J. Bowlby « l’attachement est actif du berceau jusqu’à la tombe ». Il est toujours possible de travailler dessus pour gagner en confiance dans ses relations et aller vers plus de confort et de paix.
Couper le lien après une rupture est difficile car lorsque notre style d’attachement est « activé », cela agit comme un système d’alerte voulant à tout prix retrouver l’autre, synonyme de sécurité.
Il est possible, à travers un travail approprié, d’apaiser peu à peu ce système d’alarme pour retrouver du calme et pouvoir faire le deuil de la relation.
Quelques pistes pour se reconstruire après une rupture
- Prendre soin de soi : dormir suffisamment, pratiquer une activité physique régulière, avoir une alimentation de qualité… Tout cela contribue à un meilleur équilibre psychique et émotionnel.
- Vivre pleinement ses émotions : tristesse, colère, sentiment d’injustice… Ce sont des phases normales qui font partie du processus de deuil et permettent d’avancer.
- Bien s’entourer : si l’ancien partenaire était un repère majeur, il est important de trouver d’autres soutiens sur lesquels s’appuyer (famille, amis, projets personnels…)
- Explorer ses fonctionnements : une rupture est parfois l’occasion de se (re)découvrir et de comprendre ce qui n’a pas fonctionné pour éviter de le reproduire. Cela peut se faire seul ou avec un professionnel si l’on ressent le besoin d’être accompagné et soutenu dans ce processus.
En conclusion
Une rupture est bien plus que la fin d’une relation entre deux personnes. Cela vient toucher à notre attachement et à travers lui, à l’ensemble du vécu relationnel depuis notre naissance, parfois de manière très archaïque, au-delà des mots.
Comprendre notre style d’attachement et ses impacts sur notre fonctionnement permet de mieux se connaître et d’avancer pas à pas vers la guérison sans se juger ni chercher à brûler les étapes.
Grâce à la plasticité du cerveau qui perdure tout au long de la vie, il serait possible, à travers un travail en thérapie, certaines réussites ou rencontres de sécuriser un attachement initialement insécure.On parlera alors d’attachement sécure acquis qui serait plus « solide » que l’attachement sécure inné car il démontre une grande faculté de résilience ainsi qu’une capacité de régulation émotionnelle.